Quels indicateurs suivre pour piloter la collecte des déchets ?

Ecrit par
Mathilde Reinauld
Publié le
December 5, 2025

La collecte des déchets est devenue un service public de haute précision. Entre l’augmentation des flux (biodéchets, encombrants, nouvelles filières REP), la pression réglementaire croissante, les attentes citoyennes et des contraintes budgétaires fortes, les collectivités doivent maintenir un service fiable, transparent et optimisé… Souvent avec des ressources limitées.

Dans ce contexte, la donnée opérationnelle joue un rôle essentiel. Bien utilisée, elle permet de piloter le service à l’échelle macro (stratégie de territoire) comme à l’échelle micro (tournées quotidiennes), d’objectiver les décisions et de sécuriser la conformité réglementaire.

Mais quels indicateurs suivre en priorité ? Quels KPIs sont réellement utiles pour les territoires ? Et comment passer d’une logique de reporting à une logique d’action ? Faisons le point.

1. Pourquoi les indicateurs sont devenus indispensables à la collecte ?

Historiquement, la collecte reposait essentiellement sur l’habitude, l’expérience terrain et la connaissance fine du territoire détenue par les chauffeurs et les chefs d’équipe. Mais la multiplication des flux, des équipements et des obligations a profondément transformé le métier :

  • Le tri à la source des biodéchets impose une réorganisation complète des circuits et une mesure précise des performances.
  • Les extensions de consignes de tri et la montée en puissance des filières REP exigent un suivi strict de la qualité de service.
  • La hausse du coût du carburant et la pression sur les budgets rendent indispensable un pilotage précis des coûts.
  • Les obligations AGEC, la traçabilité renforcée et les attentes citoyennes poussent les collectivités à documenter et fiabiliser l’ensemble du service.

Sans indicateurs, il devient difficile de mesurer l’efficacité d’un service, d’identifier les dérives ou de justifier des arbitrages auprès des élus et du public. Les KPI deviennent donc des outils d’aide à la décision.

2. Les 5 grandes familles d’indicateurs à suivre

Pour piloter efficacement la collecte, cinq grandes catégories d’indicateurs sont essentielles. Chacune répond à un besoin opérationnel ou stratégique spécifique.

Les indicateurs de performance opérationnelle

Ils mesurent la qualité et la régularité du service au quotidien. On y retrouve notamment :

  • le taux de tournées réalisées vs prévues,
  • le taux de complétude,
  • les heures réelles de passage dans les zones sensibles (écoles, marchés, zones commerçantes),
  • la durée réelle des tournées,
  • le nombre de points non collectés.

Ces indicateurs permettent d’objectiver les écarts, de comprendre ce qui se passe réellement sur le terrain et d’ajuster, si nécessaire, la planification, les fréquences ou les secteurs.

Les indicateurs liés aux contenants et aux points de collecte

Ces données permettent de piloter le parc de contenants et d’ajuster le service à la réalité de la production de déchets.

Indicateurs clés :

  • taux de remplissage (OM, tri, verre, biodéchets),
  • nombre de débordements,
  • temps moyen entre deux vidages,
  • taux de présentation des bacs,
  • remontées d’anomalies sur les points d’apport volontaire.

Ils servent à identifier les points sensibles, à adapter les fréquences, à calibrer les volumes et à anticiper les périodes de surproduction (saison touristique, événements locaux…).

Les indicateurs environnementaux et énergétiques

La dimension environnementale prend une place croissante dans l’évaluation des services déchets.

Indicateurs essentiels :

  • kilomètres parcourus,
  • optimisation ou écart par rapport au trajet théorique,
  • consommation de carburant ou d’électricité,
  • émissions de CO₂,
  • taux de roulage à vide.

Ils permettent de mesurer l’impact environnemental du service, d’ajuster les circuits, de prioriser certaines zones et de justifier les choix opérationnels dans un cadre budgétaire et écologique exigeant.

Les indicateurs économiques

La collecte représente une part importante du budget déchets, en moyenne la moitié. Un suivi rigoureux est indispensable pour piloter les coûts et anticiper les évolutions.

Indicateurs à suivre :

  • coût par collecte,
  • coût par tonne,
  • coût par canal (porte-à-porte, PAV, biodéchets, encombrants…),
  • coût kilométrique (carburant, amortissement, maintenance),
  • coûts liés aux refus de tri ou aux non-conformités.

Ces indicateurs permettent d’évaluer les scénarios d’optimisation, de construire un budget prévisionnel cohérent et d’objectiver les gains potentiels liés à une réorganisation des circuits ou des fréquences.

Les indicateurs sociaux et de qualité de service

Parce que la collecte est un service public de proximité, la perception et la satisfaction des citoyens sont essentielles.

Indicateurs pertinents :

  • volume et typologie des réclamations,
  • temps moyen de traitement,
  • secteurs présentant des récurrences,
  • incidents et quasi-accidents,
  • satisfaction et conditions de travail des agents.

Ils permettent d’améliorer la relation usagers, de détecter des zones à problématique régulière et de renforcer la sécurité des équipes.

3. Les indicateurs clés pour optimiser ses tournées

Pour les collectivités cherchant à optimiser leurs circuits (réduire les kilomètres, absorber de nouveaux flux, lisser la charge de travail…), certains indicateurs sont particulièrement utiles.

Distance réelle parcourue vs distance théorique

Un différentiel important peut révéler :

  • des détours fréquents,
  • des rues difficilement accessibles,
  • des secteurs déséquilibrés,
  • une cartographie à mettre à jour.

Temps passé par type de collecte

Il permet de calibrer finement les plannings et d’éviter les tournées sous-ou surdimensionnées.

Vitesse moyenne en collecte

C’est un indicateur simple, mais très révélateur des zones en tension : trafic dense, rues étroites, chantiers, circulation scolaire, etc.

Taux de collecte conforme

Il mesure la fiabilité du service : nombre de bacs/points collectés à la bonne fréquence et au bon créneau.

Taux de traitement des remontées terrain

Objectif : éviter que les anomalies (débordements, accès bloqués, véhicules gênants, bacs cassés…) se transforment en réclamations citoyennes ou en incidents.

4. Les indicateurs spécifiques aux biodéchets (2024–2026)

La généralisation du tri à la source rend indispensable un suivi précis de ce flux, dont la dynamique diffère des OM ou du tri sélectif.

KPI essentiels :

  • taux de présentation des bioseaux ou bacs bruns,
  • quantité collectée par habitant,
  • taux de refus,
  • performance de chaque mode de collecte (porte-à-porte, PAV, solutions de proximité),
  • coût de la filière biodéchets.

Ces indicateurs permettent d’affiner l’organisation, d’améliorer l’accompagnement des habitants, de calibrer les volumes et de justifier d’éventuels ajustements de fréquences.

5. Comment transformer ces indicateurs en véritable pilotage ?

Posséder des données fiables ne suffit pas. Leur utilité réelle dépend de la manière dont elles sont analysées, partagées et intégrées dans la prise de décision. Trois leviers permettent de passer d’un simple reporting à un pilotage opérationnel efficace.

Centraliser les données pour disposer d’une vision cohérente

Dans de nombreuses collectivités, les informations sont dispersées : fichiers Excel, rapports chauffeurs, cartographies, formulaires de réclamation… Cette fragmentation rend la lecture globale du service difficile et ralentit la détection des anomalies. Lorsque les données sont réunies au même endroit, la vision du service devient plus claire, les dérives apparaissent plus rapidement et les équipes gagnent en capacité à expliquer leurs décisions, que ce soit auprès des élus, des agents ou des usagers.

Passer d’un reporting statique à une donnée dynamique

L’époque où l’on se contentait d’un tableau mensuel est révolue. Les services de collecte ont besoin de comprendre ce qui se passe au moment où cela se produit : un débordement qui survient, une tournée qui prend du retard, un incident qui affecte un secteur, ou une augmentation imprévue des kilomètres parcourus. Cette lecture en temps réel change profondément la manière de travailler. Elle permet d’anticiper, d’ajuster immédiatement les priorités et d’éviter que de petits aléas ne se transforment en problèmes visibles pour le public.

Intégrer les agents de terrain dans le pilotage

Les données gagnent en valeur lorsqu’elles sont confrontées à la connaissance de terrain. Les chauffeurs savent où se situent les points difficiles, les ripeurs observent chaque jour les accès dangereux ou encombrés, et les chefs d’équipe détectent rapidement les incohérences de planification. En intégrant ces retours dans le pilotage, la donnée devient plus juste, plus opérationnelle et plus utile. Impliquer les équipes, encourager les remontées d’information et fluidifier la communication renforce la fiabilité du service tout en valorisant l’expertise des agents.

Conclusion : les bons indicateurs pour un service plus fiable, plus durable et plus performant

La collecte des déchets ne peut plus se piloter de façon approximative. Les collectivités doivent désormais s’appuyer sur un cadre solide d’indicateurs, capables de refléter la réalité du terrain, de soutenir les arbitrages budgétaires et d’améliorer la qualité de service.

Suivre les bons KPIs permet d’optimiser les tournées, de réduire les coûts, de renforcer la satisfaction usagers et de sécuriser la conformité réglementaire.

C’est un levier essentiel pour bâtir un service déchets moderne, durable et efficace, au bénéfice du territoire, des habitants, et des équipes !